Prologue, Page 2
Les conséquences furent bien plus terribles que ce dont je raconte. Les Galiléons, qui vivaient à l'origine trois cents ans, continuaient de multiplier leur taille sans contraintes. Imaginez les Galiléons ayant déjà trois cents ans et mesurant cent mètres de haut ! Au bout de six cents ans, ils mesurent alors trois cent mètres de haut ! Remarque importante : rares étaient les Galiléons qui avaient survécu à la guerre, quand on les massacrait. Beaucoup se sont enfuis sous terre, attendant l'heure de sortir. Seuls les petits Galiléons sortaient, mais étaient vite abattus.
Je vous expliquerais l'histoire de ces créatures un peu plus tard. Pour le moment, c'est le chaos chez les humains de Scia. La population, n'ayant pas pris conscience des conséquences, continuait de faire des enfants. Dans les années 2600, il y avait déjà tant de monde que les liens familiaux disparaissaient. Énormément d'institutions, d'associations et de services furent arrêtés. À partir de cette période, le monde commença à devenir un gigantesque dépotoir. La population mondiale atteignait les vingt milliards d'habitants. Le manque de nourriture instaura la famine.
Au lieu de mourir, les gens maigrissaient de l'esprit. Le pouvoir politique se perdait dans les rébellions. De nouvelles technologies permettaient de paralyser les gens. La prison n'était donc pas abolie pour autant. Après deux cents ans, les prisons étaient pleines. La folie était irréversible, les gens qui avaient perdu la raison ne pouvaient pas être relâchés. Les autorités décidèrent donc de les laisser en captivité le plus loin possible.
L'aube du 31éme siècle était noir, très noir... La population n'avait de cesse d'augmenter, les liens familiaux étaient complètement oubliés. Il n'y avait plus d'associations, plus de familles, plus d'institutions, plus rien. Tout avait disparu. Le professeur Ino, grâce à sa soif de mourir, avait pu repousser sa folie. Pour tout dire, il était aveuglé par sa soif de mort.
L'an 3455 fut marqué par la fin des recherches sur La Porte Blanche. Un matin, tous les scientifiques s'étaient réunis. Ils n'étaient qu'une dizaine. Seul le professeur Ino était resté depuis les anciens qui se réunissaient au même endroit. Les autres avaient attrapé cette fameuse folie. Depuis longtemps, ils erraient certainement quelque part, bavant et dormant sans cesse. Tous les chercheurs étaient vêtus de blanc. Le professeur s'asseyait au bout de la longue table en fer. Son corps était aussi jeune qu'il y avait mille ans. À l'époque, il avait décidé de commencer les recherches sur La Porte Blanche. « Scientifiques, commença-t-il sombrement. J'ai réussi. J'ai trouvé. Nous sommes victorieux, après mille années de recherches et d'expérimentations. »
Tous applaudirent, mais leur tête était déprimée, aucun sourire ne se dessinait sur leur visage. Ils avaient tous l'apparence de jeunes hommes, mais ayant tout de même plusieurs centaines d'années. « La Porte Blanche est installée, il ne reste plus qu'à lancer la réaction. Avant cela, je tiens encore à tout faire dans les règles. Cette après-midi, je vais me rendre au conseil du monde et parler aux dix dirigeants qui nous gouvernent en ce moment. Je vous remercie et je vous félicite. Appréciez votre mort prochaine. Ce sera la fin de tout. Il n'y aura ni paradis, ni enfer... Il n'y aura plus rien. »
Il se leva faiblement, comme un vieillard. Une larme coula sur son visage, il l'essuya et regarda sa main. Il ferma les yeux et marmonna : « Bientôt, tout sera enfin terminé... » Il partit dans son laboratoire. La salle était gigantesque, il n'y avait personne. Depuis qu'il avait jugé les recherches terminées, il ne permettait à personne d'avoir accès à ce lieu. Son impatience était telle qu'il se sentit obligé d'activer le prototype quelques instants. Il se dirigea vers un petit local. Au centre de la pièce, il y avait une grande boite en verre. Devant se trouvaient des machines plus complexes les unes que les autres. Le professeur régla quelques données, tapota quelques touches d'un clavier, puis fixa la cage en verre. Il y eut un flash dans toute la pièce. La luminosité s'estompa, seule une boule d'énergie blanche était restée dans la boite. Le professeur sourit, puis désactiva le prototype. « Tout est parfait », laissa-t-il échapper.
***
L'après-midi, tout se passa comme prévu.
La dernière réunion avait eu lieu : la destruction du monde était votée à l'unanimité. Peu après, les rumeurs commencèrent à circuler dans la ville ainsi que dans le reste du monde. Les humains de moins de cinq cents ans désiraient encore un peu vivre, ceux qui étaient un peu plus vieux se battaient pour obtenir la mort. Les âmes mortes représentaient plus de 70 % de la population. Je vous passerais tous les détails peu importants. Il y eut des mouvements politiques, des migrations de population, des interrogations, etc....
Le 20 avril 3455, il y eut un discours diffusé par tous les moyens de communication. C'était le professeur Ino qui avait été choisi pour annoncer la nouvelle. Voici ses paroles : « Je me présente à vous, êtres vivants de Scia, tel un humain désespéré qui a retrouvé espoir. Toute votre souffrance vient de mon erreur. Je vous ai fait immortel, sans penser aux conséquences que pouvait subir l'esprit. Notre conscience n'aurait jamais dû être éternelle, nous ne pouvons plus la supporter. Pendant mille ans, j'ai résisté à la folie, afin de réparer cette erreur. La Porte Blanche est la solution. Je vais offrir la mort à tous les êtres vivants de Scia. Que vous le vouliez ou non, c'est aussi la décision des dirigeants. J'activerais personnellement cette "fin du monde" le 24 avril 3455, à dix heures. »
À partir de ce moment, ce fut un chaos encore plus fou. Le soupçon du monde vivant qui avait survécu toutes ces années s'éteint alors. Il n'y avait pas que les humains qui étaient concernés. Il y avait d'autres races tout aussi intelligentes. Dans les jours qui suivirent cette déclaration, il y eut une terrible agitation. Unuya la Haute était la cible d'attaques, de manifestations et de contre-manifestations. Il y avait des explosions partout, les militaires qui avaient perdu la tête testaient leurs armes sur la gigantesque ville. Les bâtiments s'effondraient, les révoltes s'accentuaient. Les plus puissants robots gardaient la plus haute tour.
C'était à l'intérieur qu'il y avait le dispositif de destruction de la planète. À la porte de la ville, deux soldats géants des terres du Sud se résignaient. Ils avaient la carrure d'hommes, mais n'en étaient pas. L'un s'appelait Garfiew. Du haut de ses trois mètres, il était bâti comme une athlète. Sa lourde armure cyan était étincelante, et ses cheveux fins, de la même couleur, s'agitaient sous la brise de la destruction. De sa main droite, il tenait une gigantesque épée d'au moins un mètre cinquante de hauteur. Son ami, Zaneist, se tenait près de lui. Sa lourde armure était rouge. Tout comme les autres êtres vivants existants sur Scia, ils étaient immortels. Cependant, ils étaient habitués à vivre plusieurs milliers d'années. Cela ne leur causait aucun gène pour le moment. Leur conscience était de métal...