C'est la philosophie !
Intro : Qui n'a jamais voulu se libérer de ses doutes afin de ne plus être angoissé et d'accéder au bonheur éternel ? Selon Épicure, les actions des hommes sont déterminées, car celles-ci n'ont aucune autre finalité que de satisfaire une envie, un désir. Mais ces désirs toujours plus nombreux dans la société ne sont pas tous nécessaires, le bonheur devient alors une quête interminable et impossible. Dans « Lettre à Ménécée », Épicure nous donne la solution pour accéder au contentement. L'homme peut-il pratiquer pleinement la philosophie épicurienne dans la finalité d'accéder au bonheur dont il y est question ? Épicure met en place un principe, cependant celui-ci est simplifié et paraît impossible à respecter. Néanmoins, les disciples d'Épicure peuvent se rapprocher du bonheur moyennant quelques sacrifices.
I/ Mise en place d'un principe
A / Le contentement doit, selon Épicure, être l'objet d'une longue quête. Il énonce un certain nombre de points qui, si l'homme les respecte, ne sera plus sujet au manque et pourra ainsi atteindre le contentement. Il parle de « principe de vie heureuse ». Quel homme ne rêverait pas d'abandonner tous ses plaisirs pour connaître justement ce contentement ? C'est en quelque sorte renoncer à tout désir que de pratiquer pleinement la philosophie d'Épicure. C'est se placer en dehors de la société et en abandonnant des idées préconçues par notre culture. Étant un philosophe matérialiste, il affirme sur un ton certain que la mort n'est pas à craindre. Peu importe nos actions, la mort a toujours suscité de la peur et de l'angoisse. Mais étant vivants nous ne souffrons que parce que nous existons. Dans la mesure où la mort est un état de non-existence, nous n'existons plus après notre décès. Par conséquent, nous ne souffrons plus. La mort n'existe pas, nous ne nous rendrons donc jamais compte de notre propre disparition.
B/ Loin d'abandonner la philosophie, ceux qui pratique l'épicurisme ne semblent ne devoir s'intéresser qu'au maintien de leur contentement. Dans cette pratique perpétuelle, il y a le désir de progresser dans la sagesse en philosophant à tout âge simplement parce que cela peut nous permettre d'accéder au bonheur et à la liberté. Seulement, n'est-ce pas là idyllique de vouloir uniquement progresser dans ce domaine et oublier tous les autres ? Plutarque traite les disciples d'Épicure de pourceaux, car ceux-ci cherchent toute leur vie à « engraisser l'âme », de plus Épicure précise qu'il faut pratiquer sa philosophie « le jour et la nuit ». L'homme paraît ainsi n'être qu'un être de plaisir, naturellement enclin à être satisfait en philosophant et en ne s'autorisant pas de plaisirs vains.
C/ C'est le fait de ne vouloir seulement que jouir de la vie qui est critiqué, car cela comme le propose Épicure, est le but de toute vie. L'homme n'est finalement qu'un « jouisseur » ne s'occupant que de son propre bonheur et ne vivant que pour satisfaire ses désirs naturels et nécessaires. Même si Épicure présente une certaine diversité dans ces plaisirs, il ramène sans cesse les choix au simple vouloir de les satisfaire. C'est dans cette mesure que l'homme est déterminé à inéluctablement choisir ce qui l'approchera du plaisir. Les disciples d'Épicure pratiquant cette philosophie, ils cherchent donc en priorité l'accès au bonheur, la sagesse étant une passerelle.
Transition : Cette pratique est fort louable, cependant est-elle possible ?
II/ Une simplification du contentement.
Transition : Bien qu'Épicure soit un philosophe matérialiste, sa réponse en matière de recherche du bonheur semble n'avoir été raisonnée qu'avec une certaine logique délaissant les aspects humains.
A/ Épicure semble avoir généralisé le simple bonheur de l'homme à quelques principes qui paraissent fondamentaux. Il nous indique le chemin suivre pour obtenir l'ataraxie, c'est-à-dire l'absence de troubles, cependant quel humain pourrait pratiquer pleinement cette philosophie ? S'il pouvait être aussi facile de la pratiquer, chaque humain déciderait alors une vie de plaisir amenant au contentement. Cependant, cette généralisation ne prend pas en compte tous les aspects humains. L'excès allié au désir caractérise l'homme, et s'en détacher lui serait presque impossible, en plus que ce détachement pourrait le troubler. Selon Épicure, l'homme doit philosopher toute sa vie, et nous pouvons croire que si dès son plus jeune âge un homme applique la philosophie épicurienne, alors en effet il pourrait accéder au bonheur. Ce style de vie paraît être un fantasme, bien que sortant d'un principe logique il ne peut que difficilement s'appliquer à la réalité.
B/ au fur et à mesure de sa vie, l'homme satisfait au mieux ses désirs, il se crée des manques et accumule un plus grand plaisir que le simple fait de manger à sa faim ou de posséder ce dont il a besoin pour vivre. Mais ces plaisirs ne sont pour la plupart qu'illusoires, et ne font qu'essayer de remplir le tonneau des danaïdes. L'autarcie, c'est-à-dire se suffire à soi-même est ainsi impossible pour l'homme qui a par exemple besoin d'autrui pour satisfaire ses désirs. Faudrait-il vivre en solitaire dans la nature pour pratiquer la philosophie d'Épicure ? C'est en quelque sorte vouloir renier son humanité que de vouloir uniquement se contenter du minimum vital. Sans désir autre que ceux naturels, l'homme stagnerait. Sans les désirs insinuants les sophistes, l'homme serait semblables à un cadavre ou à une pierre. On peut prendre pour exemple la recherche de la vérité avec l'aide de la raison : l'homme a-t-il vraiment besoin de se rapprocher de la vérité ? Épicure prône la sagesse et la recherche de perfection pour acquérir au bonheur, mais cela ne s'éloigne-t-il pas de l'envie de se perfectionner dans tous les domaines ?
C/ Dans une lettre de Voltaire à rousseau, le philosophe critique « Les fondements et l'origine de l'inégalité parmi les hommes » : « On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage. » On peut critiquer Épicure de même, car il dépeint une société où l'homme s'est laissé aller au plaisir illusoire. On distingue un conseil d'abandonner ces valeurs profondément ancrées, mais la vie ne serait-elle pas bien monotone si nous ne connaissions que le contentement ? Ne ressemblerait-elle pas à celle de certains animaux semblant n'agir que par instinct ?
Transition : Il serait difficile pour l'homme de se libérer des plaisirs vains dont il est dépendant. Les disciples d'Épicure pourtant cherchent à pratiquer cette philosophie. Quels sont les défauts de cette pratique et qu'est-ce que cela implique ?
III/Sur un ton dogmatique, Épicure propose des solutions.
Transition : L'Épicurisme se présentant comme une solution aux troubles de l'homme, elle peut être rigoureusement critiquée dans la mesure où elle est trop simpliste. Pourtant, cette philosophie est logiquement accessible jusqu'à un certain point.
A/ La seule autarcie qu'Épicure nous propose, c'est celle de se suffire à soi-même en différenciant le bien du mal, le bon du mauvais. C'est ainsi qu'il permet à l'homme sachant faire la différence de choisir ce qu'il y a de mieux pour lui, s'autorisant par exemple à manger son plat favori plutôt qu'une galette de boue. N'ayant pas de nourriture disponible, les Haïtiens mangent des galettes de boue pour ne pas ressentir la faim. Ils satisfont ainsi un plaisir naturel et nécessaire sans pour autant avoir la possibilité de se procurer un meilleur repas. Pour autant que ces Haïtiens se contentent de peu, sont-ils heureux ? Ne vont-ils pas acclamer celui qui leur proposera une délicieuse soupe, ou si celui-ci leur propose un festin où ils pourraient manger comme des ogres d'épicurien ? Vont-ils alors avoir la prudence de ne pas accepter ce festin justement dans la peur de ressentir un futur manque ?
B/ Les épicuriens recherchent une certaine liberté, l'autarcie. Comme le disait Épicure, nous décidons de nos actions pour que celles-ci aboutissent de manière à combler un manque. Si ce manque n'existe plus, alors nous pourrons obtenir une certaine liberté insoupçonnée. Cependant, sans désirs autres que ceux qui sont naturels, qu'est-ce que serait l'homme ? Il ressemblerait à un animal ne satisfaisant que ses besoins naturels, à la différence que cet animal renierait par exemple la technologie pas par impossibilité de la comprendre, mais par principe. On peut citer l'écrivain français Jules Barbey d'Aurevilly : « Le plaisir est le bonheur des fous, le bonheur est le plaisir des sages. » Les fous seraient ceux qui vivent dépendant de la société, ne pouvant accéder qu'au plaisir, et les sages seraient ceux qui philosophent afin d'éprouver le bonheur et d'essayer d'accéder au contentement.
C/ Ceux qui se disent disciples d'Épicure se doivent alors de dénigrer l'hédonisme, c'est-à-dire le fait de satisfaire « tous les désirs » afin d'accéder à un bonheur éphémère. Cela ne permet pas d'accéder au contentement, car sans cesse il y a de nouveaux désirs qui viennent anéantir notre état de contentement. Cette impermanence ne permet jamais l'ataraxie, car il y a toujours une sensation de manque. Au contraire du plaisir en mouvement qu'est l'hédonisme, se trouve l'hellénisme qui est un plaisir en repos. C'est l'idée d'accéder au contentement en ne désirant rien. Cependant cela est-il possible ? Dans la mesure où la vie en société procure des sensations et des désirs, il faudrait donc s'éloigner le plus possible de la vie en communauté. À la manière d'un misanthrope, l'épicurien serait « soit une bête sauvage, soit un dieu » (Aristote), et justement selon Épicure les dieux ne désireraient rien et c'est pour cela qu'ils seraient éternellement bienheureux.
La finalité de cette pratique constante de la philosophie d'Épicure est donc le fait d'être semblable aux dieux qui n'éprouvent aucun désir et qui sont « bienheureux. » Mais le fait de vouloir égaler les dieux sur ce point semble bel et bien être une quête infinie. L'homme serait-il prêt à abandonner nombre de ses valeurs afin d'annihiler tous ses troubles ? Il ne le peut, car c'est naturellement un être éprouvant des désirs, ceux-ci procurant un manque s'ils ne sont pas satisfaits. La philosophie épicurienne prône la sagesse dans la seule finalité d'accéder au bonheur, et de savoir satisfaire les seuls plaisirs qui sont capable de supprimer notre manque sans le renouveler. C'est en résumant l'entière existence de l'homme à la recherche du contentement que les disciples d'Épicure peuvent être qualifiés de pourceaux, ne semblant s'intéresser au final qu'à la jouissance de vivre tout en s'interdisant certaines formes de plaisir.