La Porte Blanche, Chapitre 2, Page 2

Publié le par Cidragon6

Une fois dans la rue, elle sentait le froid du mois de février. Elle s'était habillée simplement, car elle ne supportait pas avoir d'épais vêtements qui l'enserraient. C'était comme si elle ne voulait pas être écrasée davantage. De toute manière, la jeune fille sentait en elle un pouvoir qui la réchauffait.

Une fois immobile à l'arrêt de bus, le mal et la fatigue la prirent, et le froid s'intensifia. Elle regretta désormais tout ce qu'elle avait déjà fait de sa matinée. Pourquoi n'avait-elle pas mis de veste ? Pourquoi avoir accepté de manger alors qu'elle n'avait pas faim ? Pourquoi s'était-elle pressée de rejoindre cet arrêt de bus ?

Alors que sa bonne humeur disparaissait, son petit sourire se transforma en grimace. Une pression dans la partie supérieure de sa poitrine l'écrasa, de la même manière que notre cœur souffre quand on apprend une terrible nouvelle. Une voix lui disait au fond d'elle : « C'est ce qu'il en coûte. »

Alors qu'elle était recourbée, s'enserrant la poitrine en fermant les yeux, souffrant en silence, une voix réelle lui demanda : « Ça va aller ? Qu'est-ce qu'il y a Sophie ? » Un jeune garçon qui venait d'arriver affichait un air très inquiet, mais la jeune fille le rassura : « Oui, ça va aller... Merci. »

Sa réponse était toujours de même, et elle ne changerait pas de si tôt. Peu importe si elle se sentait bien ou très mal, tout allait toujours pour le mieux selon elle. Son humeur avait soudainement fait un bond dans le bonheur, et elle comprenait que c'était une réaction incompréhensible. Avait-elle une maladie grave ?

Les deux enfants discutèrent de tout et de rien jusqu'à l'arrivée du bus. Un deuxième garçon arriva juste avant que celui-ci ne parte.



***


C'était souvent comme cela le matin, des salutations rapides et similaires, puis rien d'autre jusqu'à l'arrivé du bus. Une fois arrivés, ils rejoignirent le collège qui n'était pas loin, et Sophie salua de nombreux amis au fur et à mesure qu'elle marchait. Entourée et aimée, pourquoi un tel état lui rappelait sans cesse qu'elle était différente ? La monotone sonnerie retenti, c'était l'heure d'aller en cour. Pendant qu'elle marchait dans les couloirs, sa solitude revint. En quelques minutes, la plus heureuse des jeunes filles fut plongée dans la plus totale déprime.

Une fois assise en cours, elle prenait note dans la fatigue. Son cerveau était en ébullition : un tourbillon de fureur s'éveillait, comme un ouragan atteignant l'ensemble d'une île qui représentait alors son esprit. Son âme était brulante, mais son corps glacé. Ce corps se réchauffait doucement, comme une plaque en bronze plongée dans les flammes. Les minutes passaient, l'adolescente copiait son cours, mais était consciente qu'elle n'était pas dans son état normal.

Le Fenril... Des sensations opposées qui se percutent sans arrêt, et qui peuvent détruire une personne. Une fureur destructrice sans raison qui s'approprie l'esprit, en laissant le corps neutre. Sophie sentait que si elle se laissait aller, son visage afficherait la haine et la colère, sans qu'elle ne puisse en expliquer les raisons. Elle savait qu'une perte de contrôle de son corps lui vaudrait d'être entièrement manipulée par cette inconscience incontrôlable.

Ce n'était pas un démon ni un ange, ce n'était qu'un état psychologique témoignant de l'immensité du cerveau humain. Sophie s'endormait, profondément assise dans son siège. Une main placée au dessus de ses yeux fermés, l'autre qui faisait semblant d'écrire, personne ne pouvait soupçonner ce qui se passait. Un silencieux vide étouffait les connexions de son cerveau qui était encore connecté au réel. Inconsciente, elle découvrait sans pouvoir mémoriser correctement tous les détails qui s'offraient à elle.

Dans son rêve, une gigantesque créature aux mille couleurs apparaissait, ses contours brillaient dans le noir absolu. Le blanc, le vert, le jaune, le rouge, toutes les couleurs étaient là ! De terribles yeux noirs fixaient la jeune fille qui se trouvait bien au-dessus de la créature, dans une ténébreuse et immense pièce. Ce monstre était si grand ! Il ressemblait à un titanesque loup, dont le pelage était teinté de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. N'ayant peur ni de la mort ni du vivant, il dégageait une force incommensurable, et une rapidité défiant les limites du temps.

Mais en ce moment, le temps continuait pour Sophie, qui entendait alors la fameuse voix : « C'est ce qu'il en coûte. » Elle voulut répondre, mais une puissante douleur la réveillait... Elle se tenait la poitrine en respirant comme si elle avait couru à toute vitesse. Pour masquer son essoufflement, elle mit sa main devant sa bouche et baissa la tête. Les élèves de sa classe la regardaient avec des regards inquiets. La fille regarda sa montre, elle avait dormi une demi-heure !

Elle comprit alors que tant que cet état subsisterait, il lui serait difficile d'étudier correctement et de se concentrer. Il ne restait plus qu'un quart d'heure avant la fin du cours, et les minutes passaient désormais trop lentement. Pourquoi avait-elle si mal ? Qu'avait-elle fait de mal dans la vie pour qu'un tel sort s'acharne sur elle ?


***



La fin de l'heure se manifesta par l'éternel cri de la sonnerie, et tous les élèves sortaient de la salle après avoir noté les devoirs. Engourdie, elle se leva avec une impression de malaise. Les yeux à moitié fermés, elle marcha dans les couloirs du lycée afin d'atteindre un autre bâtiment. Elle passait par les escaliers extérieurs pour parvenir jusqu'au troisième étage. Alors, laissant la curiosité l'envahir une fois de plus, elle se pencha au-dessus de la rambarde en bois.

En bas, il y avait le bitume de la cour de récréation, ainsi que quelques élèves qui attendaient sur des bancs. Sophie ne resta pas plus longtemps, et continua son chemin jusqu'à la prochaine salle. Il ne se passa rien dans les cours suivants.

À midi, elle mangea avec ses amis, qui étaient bien nombreux. Ils rigolaient, parlaient, s'amusaient, blaguaient, et faisaient tout ce que des personnes heureuses de vivre se devaient de faire. Ces moments de bonheur étaient en fait éprouvant pour Sophie. Elle ne savait parfois pas où se mettre. D'un côté, elle voulait rigoler, d'un autre, elle ressentait le besoin d'être seule et au calme, dans le noir. Mais les autres pensaient-ils tous cela ? Se posaient-ils des questions à propos de leur propre vie, ou de leur mort ? Possédaient-ils aussi un moral semblable à une balance, tout comme elle ? Peut-être que c'était le cas, mais qu'ils le cachaient tout aussi bien qu'elle. Après s'être reposé sur les bancs, à l'extérieur, le groupe d'amis se dispersa dans l'établissement pour retourner en classe.

Le professeur arriva quelques minutes après la sonnerie, et ouvrit la salle. Les élèves rentrèrent en silence et s'assirent. Peu de temps après le début du cours, Sophie fut perturbée et angoissée. Elle ne sentait plus les gestes qu'elles faisaient, et sa façon de penser était totalement différente.

Un flash illumina sa vue. Une illusion se formait à toute vitesse, et ses pupilles se contractaient et se dilataient. « C'est ce qu'il en coute ! » cria férocement la voix au fond de son esprit. Elle sursauta, une autre douleur dans la poitrine la sortait de l'irréel. Parce qu'elle était essoufflée, le professeur lui demanda si elle voulait sortir de la salle pour prendre l'air. Elle remercia le professeur et sortit, sous le regard curieux des élèves. Ils croyaient certainement qu'elle n'allait pas tenir debout jusqu'à la porte. Une fois dans le couloir, elle marchait sans penser. Sa conscience était oblitérée par le Fenril, qui lui procurait un état second.

Arrivée à l'escalier extérieur, elle regarda par-dessus la rambarde du troisième étage... Elle se pencha automatiquement, et dut user d'une grande force pour ne pas basculer dans le vide. Le bitume était remplacé par des milliers de lames ardentes, qui n'étaient en fait que les longs poils de la créature qui l'attendait, entourée de flammes.

Le loup brillant de mille couleurs semblait vouloir pousser un cri, mais quelque chose l'en empêchait. Une envie de sauter envahit la jeune fille, faible et quasi inconsciente. La créature symbolisait en grande partie la mort, et était impatiente que la jeune fille saute pour pouvoir la dévorer. Quelques instants plus tard, la lumière qui émanait de ce monstre s'intensifia, comme s'il était en colère de ne pas voir sauter la fille. Après un terrible cri, elle disparut totalement. Sophie, qui s'était réveillée, se trouvait prête à sauter, au-dessus de la rambarde. Elle descendit, fit quelques pas, avant de s'écrouler, inconsciente.


***


Trois ans plus tard, Sophie avait seize ans, et avait en partie maitrisé ce monstre à moitié endormi, mais n'attendant qu'une chose : un signe de faiblesse.

La jeune fille était donc obligée de lutter, et si l'étrange jeune homme n'avait pas été là, elle aurait sans doute continué à vivre pour le chercher. Assise sur le lit, elle attendait à côté du jeune homme, qui ne disait absolument rien. « Je me demande bien ce que je vais pouvoir faire, dit-elle. C'est le matin, je viens à peine de me réveiller...

-         Je crois... Que je m'appelle Kyru.

-         Kyru ? Je suis heureuse de t'avoir rencontré. »

Elle lui sourit, puis voulut lui serrer la main. Elle la lui tendit, mais le garçon ne se contenta que de la regarder d'un air pensant. « Tu es vraiment bizarre », déclara-t-elle avant de lui montrer comment on serre une main. Cependant, heureusement pour elle, Kyru n'a pas serré du tout. Il ne s'est contenté que d'un léger contact. « Tu as la peau froide ! cria-t-elle.

-         C'est normal, c'est toujours comme ça... »

Sophie serra un peu la main de Kyru. « Ta main est froide, mais... ta peau est dure...

-         La tienne est souple et chaude... Cela peut te paraître étrange, mais j'ai l'impression d'avoir dormi une éternité, et qu'enfin je me réveille. »

Il lâcha la main de la fille, et regarda la sienne. « Pourquoi mes mains seraient-elles aussi souples et chaudes que les tiennes ? Je ne comprends rien...

-         Je vais te laisser te reposer, décida Sophie avant de se lever. Je vais revenir vers onze heures pour savoir comment tu te portes, ça te va ? »

Kyru ne répondit pas, il était très pensif. Il s'allongea dans le lit en faisant attention à que celui-ci ne se brise pas. Sophie sortit de la chambre, et alla se reposer bien qu'elle n'eut pas sommeil.

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Publié dans Ecriture - art

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