Chapitre 3, Page 1
Chapitre 3
Kyru fermait les yeux, et s'efforçait du plus qu'il le pouvait pour essayer d'attraper un ou deux souvenirs. D'où venait-il ? Il se voyait courir, gravissant des rochers, avec la crainte de se faire prendre... Mais qui voulait l'attraper ?
En tout premier lieu, le jeune garçon crut qu'il se trouvait sur Scia, dans une région qui lui était inconnue. Mais il se souvint de ce qu'il devait se passer... « Le 24 avril 3455, à dix heures... » murmura-t-il. Il se redressa brusquement sur le lit, dont les quatre pieds sautèrent aux quatre coins de la pièce. « La fin du monde, murmura-t-il. Pourquoi suis-je encore en vie ? »
Il se leva et alla vers la fenêtre qui donnait une vue sur la ville. La région qu'il habitait n'avait pas du tout le même climat, et les habitations qu'il voyait, étaient connues pour être archaïques : utilisées il y a pour lui environs mille ans. À cette époque, il n'était pas né, et il ne les connaissait que par des écrits. De même, pour lui, les bus qu'il connaissait étaient des vaisseaux transportant à chaque fois plusieurs milliers de personnes. Mais depuis que les services publics et que toutes les institutions avaient fermés, on ne les faisait que rarement fonctionner. « Qu'est-ce que ce monde ? Le passé ? »
Mais ce n'était pas le passé... Il allait le découvrir tôt ou tard, car la terre n'avait pas non plus le même planisphère que Scia.
***
De son côté, Sophie était très excitée par la situation. Elle était allongée dans son lit, rêvant de l'avenir. « Et si c'était vraiment un voisin, songea-t-elle. Nous serions sûrement les plus merveilleux amis du monde... Même plus ! » Par-dessus tout, elle voulait connaître le vrai amour pour la première fois. Elle se sentait si seule, malgré les innombrables amis qu'elle possédait... Mais à aucun d'eux, elle ne révélait ses secrets. Personne n'était jamais au courant de ses véritables pensées. Ses amies, pour elle, étaient toutes secondaires. Aucune n'était vraiment importante à ses yeux.
Sophie était une belle jeune fille, mince et ayant l'air fragile. Ses cheveux étaient châtain clair et assez longs, quant à ses yeux, toujours doux, étaient d'un vert très prononcé. Kyru, quant à lui, avait les cheveux noirs. Sa peau était pâle, froide et dure. Il semblait avoir le même âge que Sophie, mais avait en réalité bien plus.
L'expression de son visage témoignait que son esprit centenaire avait déjà vécu mille souffrances, et que son expérience en la vie et la mort était particulièrement développée. Il n'avait pas encore souri, et en apprenant son passé, il n'allait certainement pas être heureux...
***
Sur une route, à quelques kilomètres de Powell Butte...
Une voiture roulait à vive allure. L'avant ressemblait à une Ferrari, mais elle était beaucoup plus longue... La brillante carrosserie noire enveloppait un compartiment luxueux et une grande quantité de gadgets et d'options. Le moteur ronfla et le bolide prit encore de la vitesse. Les vitres étaient teintées, et les occupants, de l'intérieur, observaient le paysage. L'un avec vivacité, l'autre avec lassitude. Walter et William étaient confortablement assis dans les sièges en cuir noir. Le chauffeur était présent comme un fantôme, et ne disait jamais un seul mot. « Nous sommes bientôt arrivés, dit William à son coéquipier.
- Le temps est maussade, répliqua Walter.
- Il faut que je téléphone à T... »
Il prit le téléphone qu'il y avait dans la portière, et composa le même numéro qu'il avait composé au Japon. « Nous y sommes presque, informa-t-il dans le combiné.
- Les agents de l'OAM se dirigent vers la vingt-septième maison de la rue principale, à Powell Butte. Allez-y vite ! Ils savent où se trouve leur objectif grâce à leur suivi satellite. Leur radio n'est même pas codée... Mais ils sont rapides !
- Sans problème, nous serons dans la ville dans quelques instants. »
William raccrocha, et demanda au chauffeur d'accélérer encore. La pluie frappa le véhicule, et ce fut bientôt une véritable tempête qui les força à ralentir. « Nous n'y serons jamais à tant », se lamenta Walter en regardant sa montre. Il était presque onze heures.
***
Les deux adolescents s'étaient finalement endormis. Deux camions et une voiture arrivèrent justes devant la maison. Des militaires armés jusqu'aux dents sortaient des deux gros véhicules, et préparaient leur position. « Allez ! Du nerf, il ne doit pas nous filer entre les doigts ! » cria un d'eux en analysant la maison. Ils postèrent des canons mitrailleurs à quatre positions, et des barrières étaient mises en place.
La voiture se gara un peu plus loin. C'était une belle et grosse Mercedes noire. Les deux portes arrière s'ouvrirent, et sortirent deux agents de l'OAM. Ils étaient sérieux, et étudièrent les lieux avant de s'avancer vers la porte principale. Les militaires étaient déjà prêts. Une légère pluie commença à tomber, sans que cela ne les bouleverse en quoi que ce soit. L'un des agents sonna. Sophie se réveilla, et à toute vitesse, s'empressa d'aller ouvrir la porte. Elle vit les deux hommes, habillés d'un costume noir, et qui portait une cravate bleue.
« C'est elle ? demanda l'un à l'autre.
- Non, elle m'a l'air normal...
- Que voulez-vous ? questionna Sophie avec peur. »
Les deux agents se regardèrent. Ils savaient qu'ils ne pouvaient exactement répondre à sa question, même s'ils l'avaient voulu. « Ce que nous voulons ne vous regarde pas, mais nous savons qu'il est entré ici il y a quelques heures.
- Vous parlez de... Kyru ? »
Au moment où Sophie songeait à l'être qu'elle hébergeait chez elle, les deux agents portèrent leur regard à l'intérieur de la maison. Kyru se trouvait derrière la jeune fille, et les agents virent tout de suite que ce n'était pas une personne normale. « C'est lui ! tonna l'un des deux agents.
- Tu vas venir avec nous jeune homme ! »
Ils poussèrent Sophie violemment, et s'avancèrent avec agressivité pour attraper les deux bras de Kyru. Les deux hommes tirèrent de toutes leurs forces, mais arrivaient à peine à faire plier les très rigides vêtements du jeune homme, qui ne bougeait pas d'un poil ! Les assaillants, perturbés, changèrent vite de position pour tenter désespérément d'emmener Kyru avec eux.
Les militaires qui observaient la scène sous-estimaient l'impuissance des deux agents, qui luttaient contre celui qui avait l'apparence d'un simple enfant de quinze ans. Kyru regarda Sophie, à terre, avant de proclamer : « Vous n'avez aucun droit... »
Après ces mots, le jeune homme leva son bras droit, et l'agent qui le tenait fut presque soulevé. Les deux furent projetés en arrière avec force ! Une onde de choc était apparue, et les soldats postés autour de la maison s'interrogèrent, avant de se préparer à une éventuelle attaque. « Kyru... comment as-tu fait ça ? » bégaya la jeune fille en se relevant. « Ne t'inquiète pas, le rassura-t-elle. Je commence à peine à comprendre... que ce ne peut-être mon monde... »
Les militaires attendaient, et les agents s'étaient relevés. Ils reprenaient leur esprit, et préparaient déjà un plan pour essayer de le capturer. Kyru sorti de la maison, mais avant de ne faire quoi que se soit, il se retourna vers Sophie, qui attendait à la porte. « Ferme cette porte... Je vais m'occuper d'eux, et je ne veux pas que tu voies ça... »
La jeune fille fit semblant de fermer la porte, mais quand Kyru fut arrivé à la barrière en bois, elle la rouvrit, curieuse, mais apeurée par ce qu'il se produisait. Qu'allait-il faire face à tant de militaires ?
***
« Pourquoi fabriquer des armes... si on ne peut tuer ? » provoqua Kyru en avançant lentement sur le trottoir. Ses pas résonnaient, et son dernier pas fit éclabousser une flaque d'eau.
« N'avance pas plus ! ordonna l'un des agents.
- Je vous l'ai déjà dit, répliqua Kyru. Vous n'avez aucun droit, ni même celui de me supplier... »
À l'instant où il avait prononcé le mot "supplier", il s'était mis à briller. De plus en plus étincelant, son corps dégagea vite de la chaleur. Il fut bientôt impossible de distinguer même son profil tellement la lumière était intense. Les militaires et les agents se protégèrent les yeux, jusqu'à ce que la lumière ne s'estompe en partie. Ils virent alors avec difficulté les contours du jeune homme semblant tenir une bille dans sa main droite. D'un seul geste, il en fit jaillir un jet de flamme qui vint s'abattre tour à tour sur les deux camions !
Ce fut presque instantané, les deux véhicules fondirent comme s'ils n'étaient que de la glace. Des flammes blanches virent directement de Kyru, et s'étalèrent au sol jusqu'à aller bruler les militaires qui étaient trop près. Une explosion autour de Kyru décupla sa puissance, et un rayon de feu déchira le bitume qui se trouvait sous les différentes installations. Le bitume fondit sous ce rayon particulièrement puissant.
Après s'être servi de simples armes dont les balles rebondissaient sur les vêtements et la peau de Kyru, ils abandonnèrent et prièrent pour s'en sortir. Des deux mains et de ses deux bras, le jeune homme leva au-dessus de sa tête une grosse boule grise. Quand il claqua des mains, elle explosa en une onde de choc qui se propagea à toute vitesse et abattit le reste des militaires qui prenaient la fuite.
Tant bien que mal, la Mercedes qui était gardée un peu plus loin commença à avancer sur le bitume déchiré. Elle accéléra du mieux qu'elle pouvait, mais eu alors toute l'attention de Kyru. Les deux agents fuyaient, ils ne devaient pas s'en sortir... Un autre rayon de feu provint de la bille que tenait Kyru dans sa main. Ce faisceau fit immédiatement fondre la voiture avec ses trois occupants. Quand les lumières qui émanaient du jeune homme se dissipèrent, on pouvait voir un terrain complètement ravagé, avec des cratères et des fissures de plusieurs mètres de profondeur.