Chapitre 3, Page 2

Publié le par Cidragon6

Sophie, qui avait tout vu depuis la porte de sa maison, était stupéfaite. Aucune personne sur la terre n'avait été témoin d'un tel pouvoir. C'était bien ce qu'il devait se passer dans certains films, mais pas dans la réalité ! En termes humains, elle aurait pu appeler cela de la magie. La jeune fille remarqua que Kyru remit une bille noire dans une petite sacoche qu'il portait sous sa veste.

Il commença à pleuvoir, mais Sophie ne s'en soucia pas. Elle courut vers Kyru. « Mais ! Comment as-tu fait ? Ce n'est pas possible !

-         Ce n'est rien, fit le jeune homme d'une voix totalement neutre. Tu n'as pas à te soucier de cela pour le moment...

-         Pour le moment... ? »

Il s'éloigna d'elle et s'arrêta au milieu de la route dévastée, avant de rajouter : « Je me rappelle de certaines choses... J'ai beaucoup pensé, et je ne sais toujours pas ce que je fais ici, et pourquoi je suis encore en vie.

-         Mais qui étaient ces gens ? Tu les connais ?

-         Je ne sais pas ce qu'ils me voulaient.

-         Je ne comprends plus rien, avoua la jeune fille. »

Les deux adolescents se regardèrent, Kyru avait encore un regard perturbé. Il était perdu, et ne trouvait pas encore son but en ce monde. « Je t'expliquerai », dit-il avant de partir, suivant la route sans regarder derrière lui. « Mais où vas-tu ? » demanda-t-elle. Elle n'eut aucune réponse, car même le jeune homme n'en savait rien. Tout ce qu'il avait en tête, c'était de partir chercher des indices et des souvenirs. C'était exactement chercher quelque chose, sans savoir "quoi" !

La fine pluie s'accentua, et se transforma en tempête. Le vent se levait, et les grondements de l'orage atteignaient le sol en faisant vibrer les maisons. Les rafales frappaient Kyru, qui avançait cependant sans peine.

Après plusieurs minutes à marcher à travers la tempête qui se déchaînait, il se retourna brusquement, et vit la silhouette d'une jeune fille qui l'avait suivi. Il courut vers elle, c'était bien Sophie. Elle était complètement trempée, sa tête était baissée pour mieux résister à l'enfer de vent et de cascades glacés qui s'abattaient sur elle.

« Sophie, pourquoi m'as-tu suivi ? » Il lui aurait bien prêté sa veste, mais se rappelant que Sophie était une simple humaine, il se ravisa. Elle n'aurait pas supporté le poids du très lourd et épais vêtement qu'il portait. Elle releva la tête, et parla alors très lentement, d'un ton qui ressemblait à une confession : « Je veux te suivre... Si tu es quelqu'un de spécial, alors tu es celui que j'ai cherché tant d'années... »

Kyru n'arrivait pas à discerner si c'était l'eau qui coulait sur le visage de Sophie, ou si c'était des larmes. Elle rajouta : « Je n'ai pas envie de te perdre, donc je te suivrai... quoi qu'il arrive.

-         J'ai bien peur de t'entraîner dans une histoire très dangereuse... Je n'ose même pas croire que je suis dans un autre monde... Je suis perturbé.

-         Un autre monde ? s'étonna-t-elle en plissant les yeux.

-         Cela m'en a tout l'air...

-         Je suis prête à te croire. »

Kyru sourit, mais il savait que la suite des évènements serait totalement imprévue. « Continuons le chemin, décida-t-il. En avançant ainsi, j'ai le pressentiment qu'il y a quelque chose d'important devant. »



***


Au bout de plusieurs dizaines de minutes, la marche se faisait de plus en plus dure pour Sophie, qui avait considérablement ralenti sa progression. L'orage ne s'était pas calmé, et le vent les frappait toujours de plein fouet. Une fraîcheur hivernale commençait à paralyser la fille.

Elle tomba à genoux, avant que Kyru ne la rattrape. Il la prit dans ses bras et la réconforta. « Cela ne durera pas longtemps... Je ne me rappelle pas de ce que signifie la douleur humaine... Mon corps n'est pas fait de la même manière que le tien. Rien ne peut m'empêcher de me mouvoir, et j'imagine ta souffrance.

-         Ne t'en fais pas pour moi, marmonna-t-elle avant de fermer les yeux. »

Cette marche l'avait épuisée, et Kyru savait qu'une simple jeune fille était faible et fragile face à une telle tempête. Il avait déjà lu des livres concernant les anciens humains, ceux qui n'étaient pas modifiés. Il lui était difficile d'imaginer à quel point ils étaient aussi fragiles qu'il l'était expliqué dans la définition.



***


 

Non loin des deux adolescents...


William et Walter étaient dans leur voiture qui était à l'arrêt. La puissante pluie empêchait d'y voir quoi que ce soit, et la radio qui était réglée sur la fréquence de l'OAM dévoilait des informations ahurissantes. D'après les informations du satellite, il y avait eu plusieurs explosions, ainsi que l'utilisation d'armes comme le lance-flamme et le lance-roquettes. « Les militaires et les agents sont probablement morts », racontait un des organisateurs de cette opération. Walter regarda William, et lui demanda s'il comptait vraiment se mettre à la recherche de cette "chose". « Évidemment ! » déclara-t-il avec vivacité.

Ils n'eurent cependant pas besoin de chercher Kyru, car il apparaissait à travers la vitre, pendant que la pluie commençait à s'arrêter. Selon eux, il ne pouvait être que la personne que la personne tant recherchée : un garçon tenant une fille, sous la pluie, ayant l'air louche...

Quand celui-ci s'approcha de la voiture gardée au milieu de la route, dont les portières s'ouvraient, il s'arrêta et déposa Sophie, qui avait repris quelques forces.



***


Deux jeunes gens sortirent de la voiture, et leur originale apparence physique choqua Sophie, et Kyru parut inquiété. L'un de blanc et l'autre de noir, tous les deux ayant une coiffure extravagante venant d'une mode étrange. William laissa manifester sa joie : « C'est le destin ! Je n'y crois pas !

-         Qui êtes-vous ! s'exclama Kyru, alors que les deux hommes marchaient tranquillement vers eux.

-         Ne vous inquiétez pas, rassura William. Nous ne sommes pas de la même espèce que les agents voulant vous capturer.

-         Ne vous moquez pas de nous, avertit Kyru. Les agents que j'ai rencontrés plus tôt sont anéantis, et ne ressemblent plus qu'à des boulettes de papiers qu'on aurait jetés dans une cheminée. »

Les deux agents s'arrêtèrent à quelques mètres des deux adolescents, ce fut Walter qui continua la conversation plus sérieusement : « Nous avons remarqué... » Il se remémora tout ce que la radio de l'OAM avait dit à propos de la « chose » tombée du ciel. Il se rappela d'une promesse qu'il avait faite à quelqu'un, dans un centre hospitalier, et il voulait en faire leur prochaine destination. « Faites-nous confiance. Nous sommes des agents spéciaux devant infiltrer une organisation aux buts inconnus. Si tu ne viens pas avec nous, tu n'apprendras jamais rien sur toi. »

L'argument de Walter faisait tout le poids. Kyru accepta la proposition. Sophie monta directement, mais le jeune homme continua de fixer un petit moment les deux agents. Ils se regardaient, comme pour s'évaluer. « Et où allons-nous ? » demanda le jeune homme, plus décontracté. C'était Walter qui prenait les initiatives. « Tu es décrit comme une « chose» tombée du ciel, mais... tu ne leur ressembles pas.

-         Que voulez-vous dire ?

-         Nous en reparlerons plus tard... »

Ils montèrent tous les trois dans le véhicule, Sophie, Walter et Kyru à l'arrière, William et le chauffeur à l'avant. Le conducteur accéléra aussitôt. Les pneus rejetèrent une grande quantité d'eau avant de retrouver de l'adhérence, et la voiture partit à vive allure.

« Et cette fille, c'est qui au juste ? demanda William après s'être retourné pour regarder les beaux yeux verts de Sophie.

-         Je suis Sophie... je préfère rester avec Kyru... pour des raisons personnelles.

-         Je ne comprends pas trop, mais c'est une bonne décision. L'OAM possède de puissantes influences, et ta maison est certainement classée comme étant leur propriété. Qu'est-ce que tu en penses, Walter ?

-         Je pense que cette fille va savoir des choses qui vont lui coûter la vie, mais... toutes les vies sont fragiles de notre temps ! Alors autant prendre le risque de la risquer, plutôt que d'être questionné par des agents de l'OAM. »

La jeune fille fut choquée d'entendre ces propos. Sur un ton aussi comique - que Walter révélait rarement -, il insinuait que ses parents seraient arrêtés, questionnés, et peut-être gardés en détention ! Le même matin, elle prenait le bus pour aller à son collège, et voilà qu'elle se retrouvait dans une aventure qui dépassait tout ce qu'elle connaissait. Ayant de nouveau entendu cette « notion » de vie fragile, Kyru était perturbé. « La vie est si fragile que cela ?

-         Si ce que nous avons entendu est vrai, commença Walter, alors tu possèdes une grande résistance. Nos cellules se dégradent de jour en jour, et au bout d'une cinquantaine d'années, nous ne sommes plus les mêmes.

-         La vie doit vous paraître belle, courte et vive, pensa le jeune homme à haute voix.

-         Quand on y pense, expliqua William, nous vivons en ayant toujours la mort en face de nous. Elle peut survenir à n'importe quel moment, et venir nous prendre... C'est pour cela que nous devons vivre pleinement notre vie. »

Après ces propos, il y eut un silence total. On ne pouvait entendre que les vrombissements de la voiture, et la pluie qui s'abattait de nouveau sur les vitres. Après une vingtaine de minutes, ils arrivèrent à un petit aérodrome, où ils prirent un jet privé. « C'est le nôtre ! » se vanta William en se balançant sur un épais fauteuil en cuir blanc. Walter, lui, avait son propre fauteuil d'un noir profond, qui l'attendait. « Êtes-vous si riche que ça ? questionna Sophie en voyant la somptuosité de l'intérieur de l'appareil.

-         Nous effectuons parfois des missions très périlleuses, et nous sommes très prisés pour de nombreux services. »

L'homme en blanc bascula la tête en arrière, celle-ci se posant sur un oreiller qui avait retrouvé son propriétaire. Il était à l'aise. Sophie et Kyru avaient choisi de s'asseoir sur un canapé un peu plus loin. Les deux réacteurs se firent entendre, l'oiseau métallique prit de la vitesse, puis décolla. « Mais d'où viens-tu exactement ? interrogea Walter, pendant que son collègue semblait s'être endormi.

-         Je pense que... je ne fais pas parti de ce monde. Mais je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé.

-         Un autre monde ? s'exclama William en relevant brusquement la tête.

-         Tout est tellement différent, expliqua Kyru. Je me rappelle d'une date... Le 24 avril 3455. »

Les trois autres passagers étaient abasourdis ! « Mais nous ne sommes qu'en 2005 ! fit remarquer William.

-         En 2005 ? Hum... Cela remonte à bien trop longtemps pour nous !

-         Et que s'est-il passé ce 24 avril 3455 ? demanda doucement Walter, qui n'en croyait pas ses oreilles.

-         À dix heures... C'est le jour de la fin du monde... »

Retrouvant une partie de ses souvenirs, Kyru leur expliqua la situation. Comment, en 2025, le virus de l'immortalité s'était propagé. Pendant que l'avion traversait les nuages pour atteindre son altitude de croisière, Kyru leur racontait l'existence d'un monde avec une culture, une histoire et des principes totalement différents.

De telles informations provoquèrent l'aphasie des trois autres passagers, qui écoutaient en étant submergés de pensées. Tout cela était tellement incroyable ! Cela renversait toutes les découvertes scientifiques ! « Le 24 avril, je ne sais toujours pas ce que je faisais », termina Kyru. Le jet privé avait amorcé sa descente depuis quelques minutes, et ils ne tardèrent pas à atterrir dans le petit aéroport d'une assez grande ville.

Kyru les avait choqués avec son histoire, et les deux agents n'attendaient qu'une seule chose : comprendre comment trente ans auparavant, une terrible créature était tombée du ciel. Dans les années quatre-vingt, une « chose » tombée du ciel détruisit la vie de nombreuses personnes, mais dans le secret le plus total.

Kyru, Sophie et les deux agents, empruntèrent de nouveau une voiture afin de se rendre dans un grand centre hospitalier.

« C'est moi qui ai pris l'initiative de vous mener dans ce centre, informa Walter.

-         Un centre ? s'étonna Kyru.

-         Nous n'avons reçu aucun ordre, mais j'ai promis à un homme de le tenir au courant de notre mission. Il a...

-         Peu importe, l'arrêta William. En nous réunissant ainsi, cela éclaircira de nombreux mystères. »

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Publié dans Ecriture - art

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