Chapitre 6, Page 1

Publié le par Cidragon6

Chapitre 6

 

Il faisait frai et beau, le soleil s'abattait sur les arbres qui bordaient la rue, dans laquelle marchaient les trois personnes. C'était à l'intérieur de l'hôpital. À perte de vue, on ne voyait que des parcs pour se reposer, avec les quelques fleurs qui restaient de la saison. Les bancs blancs longeaient aussi la route, c'était magnifique. « C'est vraiment grand ici ! » s'empressa de dire Sophie pour manifester son émerveillement.

Au loin, on voyait divers bâtiments, dont le lycée. Il y avait quatre gigantesques immeubles qui regroupaient les élèves en de différentes classes d'âge. À côté du lycée se trouvait un petit collège. De plus, un bâtiment administratif et la cafétéria étaient un peu plus loin.

L'adjoint du proviseur marchait à vive allure, et regardait plusieurs fois sa montre. Sans doute avait-il un emploi du temps très chargé, même si la rentrée n'était que dans environ dix jours. À moins que ce ne soit pour élargir ses temps de pauses ! Ils longèrent donc les grands parcs, le soleil rayonnait de toutes ses forces. Le gazon était parfaitement taillé, d'un vert très vif. « C'est ici que vous viendrez le plus souvent, quand vous voudrez vous reposer après les cours » infirma l'homme pressé.

Ils arrivèrent enfin à l'entrée d'un des quatre bâtiments, celui-ci comptait quatre étages. « S'il n'y a pas grand monde, prévint-il, c'est parce que les lycéens ne sont pas arrivés ». Sur ces mots, il ouvrit la porte et ils entrèrent dans le grand hall de la résidence. « Magnifique ! » s'écria Sophie en voyant la magnificence de l'intérieur du bâtiment.

Tout semblait neuf, le sol semblait de marbre noir, et de nombreux lampadaires se reflétaient dessus. Au plafond, il y avait des lustres dorés, illuminés comme par des bougies, et qui diffusaient une douce lumière orangée. L'homme sortit un papier de sa poche, et feuilleta différentes pages. « Vous êtes tous les deux à la chambre 166, au premier étage. Donc vous prenez l'ascenseur, c'est une porte qui se trouve à droite. »

Très rapidement, il leur remit un trousseau de clés et deux cartes magnétiques, leur précisa que la température était régulée automatiquement, et que les fenêtres étaient condamnées pour pas qu'il y ait d'accidents. Tout de suite après ces indications, il se précipita de sortir après avoir regardé sa montre une nouvelle fois.


***


Sophie et Kyru se retrouvaient donc seuls dans le grand hall, contemplant la richesse du lieu où ils devront passer peut-être plusieurs mois. « Bon, allons-y ! s'impatienta Sophie. J'ai hâte de voir à quoi ressemble la chambre !

-         Mais il n'a même pas indiqué où sont les ascenseurs...

-         Et il ne nous a pas non plus indiqué quels sont les différents bâtiments... Mais peu importe, nous avons le temps de visiter ! »

Ils parvinrent sans grande peine à trouver l'ascenseur. Tout semblait très moderne, et l'intérieur de la cabine était en un plastique noir et brillant. Le couloir était de cette même texture, avec des dorures un peu partout. Le numéro des chambres était inscrit en chiffres d'or ! 170, 168, 166 ! La porte de leur chambre était là. Sophie, qui avait la clé, la rentrait dans la serrure. Celle-ci paraissait tout aussi neuve que le reste !

Quand elle ouvrit la porte, et actionna instinctivement l'interrupteur, elle ne put s'empêcher de trembloter devant tant de beauté. C'était un studio complet, un véritable appartement ! Ils y rentraient en marchant lentement, scrutant chaque détail. « Quelle vie de rêve ! » s'extasia-t-elle en courant dans le salon.

Il y avait dans la pièce principale, deux canapés rouges, une table en bois foncé et lourd, avec deux chaises magnifiques. De nombreux meubles étaient posés contre les murs noirs de marbre bien brillant. Le plafond... Il ne semblait pas y avoir de plafond ! Le matériau qui avait été utilisé pour le concevoir était une sorte de vitre qui donnait l'illusion que la hauteur de la pièce était infinie. « C'est superbe ! »

Tout était tellement beau, les deux jeunes étaient aux anges. Un réfrigérateur était encastré dans le mur du fond, et les climatiseurs étaient ultra silencieux ainsi qu'à peine visible. La luxueuse salle de bain ressemblait à celle des rois et des reines ! Il n'y avait qu'une seule chambre comportant deux grands lits. Sur une petite table était posé un réveil ultrasophistiqué, qui indiquait l'heure par un faisceau laser.  En complément, comme le plafond était brillant et presque invisible, on voyait le temps s'afficher comme par magie dans les airs ! « Ils nous accueillent comme les enfants des dirigeants de Scia ! s'exclama Kyru en conclusion.

-         Je me demande quel genre d'élève il y a ici... Et quels sont les parents qui pourraient leur payer un tel appartement. Ce n'est sûrement pas des pauvres ! »

Ils retournèrent au salon, et à peine s'étaient-ils assis, qu'une sonnerie retenti. Ce n'était pas le téléphone, mais une petite enceinte à la porte d'entrée. Sophie était vraiment à l'aise dans le voluptueux canapé rouge, et ce fut Kyru qui décida d'aller ouvrir.



***



Deux jeunes se trouvaient dans le couloir, souriants et rayonnants. « Salut, vous êtes les nouveaux alors ! » s'exclama le premier en voyant Sophie derrière Kyru, qui s'était levée.


C'était un blond aux yeux bleus, au teint pâle et au visage enfantin. Ses cheveux ébouriffés descendaient en une frange qui cachait son front, ainsi que ses oreilles. Il portait des vêtements quasiment de toutes les couleurs, passant du rouge vif au bleu limpide, comme un personnage sortant d'un jeu vidéo futuriste. Il était incroyablement beau, et semblait représenter une éternelle bonne humeur. « Bienvenue chez vous ! » s'écria le deuxième jeune homme derrière lui. Celui-ci était tout habillé de rouge et de noir. Ses cheveux mêmes étaient comme teintés de sang, et ses pupilles en semblaient d'ailleurs gorgées. Des yeux de braise manifestant du défi et de la provocation, mais aussi du calme et de la tristesse. Il portait certainement des lentilles, et il était impossible de ne pas deviner quelle était sa couleur préférée... « Salut ! engagea Sophie en s'avançant davantage pour mieux les voir. C'est trop classe ici !

-         Bien heureusement, sinon nous serions découragés de vivre, expliqua le premier jeune homme.

-         Vous pouvez rentrer, dit Kyru en s'écartant. »

Ils rentrèrent, mais juste avant que le jeune homme en noir ne referme la porte, un troisième garçon fit remarquer sa présence... « Salut... Ne-m'oubliez-pas s'il vous plaît... » demanda-t-il tristement en rentrant à son tour comme un fantôme.

Comme Kyru, il était entièrement habillé de noir, mais d'une autre manière... Sa longue veste en cuir descendait jusqu'à ses genoux, et ses longs cheveux noirs cachaient tout le haut de son visage, reposant sur des lunettes fumées. Il semblait porter diverses couches de vêtements plus épais les uns que les autres, et la seule partie de son corps qui était visible était sa main gauche et le bas de son visage. Sa main droite était protégée par un gant de gothique, sur lequel il dépassait des pics en aluminium. « Ah oui, c'est Sulyvan ! » présenta le garçon tout en couleur, avant de s'asseoir sur le canapé.

Ils se mirent tous à l'aise sur les canapés, Kyru s'était assis dans un confortable fauteuil. « Je m'appelle Lucen ! infirma vivement le jeune homme habillé de vives couleurs.

-         Youryne, fit l'autre aux cheveux pourpres. »

Kyru et Sophie se présentèrent à leur tour, il n'y avait que Sulyvan qui ne disait mot. D'ailleurs, personne ne savait où son regard portait. La jeune fille, quant à elle, était aussi impatiente de parler que Lucen, si bien qu'elle osa directement réengager la conversation : « Vous êtes ici depuis combien de temps ? C'est vraiment très beau...

-         Il est vrai qu'on s'y plait bien, fit Lucen. Moi, je suis ici seulement depuis un an.

-         Cela fait deux ans que je suis là, expliqua Youryne. Mais ce bâtiment est bien plus confortable que les deux autres... Vous devez savoir que selon l'âge des occupants, nous sommes répartis dans les quatre résidences.

-         Cela fait... Je ne me rappelle même plus, dit sombrement Sulyvan. »

Il était assis à côté de Youryne, et des chaines pendaient à son jean noir. Sa main gauche était équipée de trois bagues, et ses cinq doigts noirs se terminaient par cinq griffes d'argent que portaient quelques gothiques. Ses cheveux qui retombaient sur son visage, étaient lissés et entretenus avec un gel qui leur procurait un effet mouillé.

Sophie, sans le faire exprès, scruta le jeune homme de haut en bas, et celui-ci le remarqua : « Qu'y a-t-il ?

-         Tu es une personne spéciale, se permit de dire la fille calmement sans s'écouter elle-même.

-         Chaque personne est spéciale ici, dit Lucen en rigolant. C'est votre première année ici, et vous le remarquerez bien ! »

Le style de Sulyvan était proche de celui de Kyru, qui était habillé tout aussi sombrement que lui, à quelques différences près. « La différence est une arme contre un monde bien monotone, développa le jeune gothique. Je ne survivrais pas en pensant que je suis identique aux autres...

-         Il en est de même pour moi, l'appuya Youryne en touchant ses beaux cheveux rouges. C'est tellement mieux ! »

Il y eut quelques secondes de silence, jusqu'à ce que Sophie ose se libérer d'une question : « Mais pourquoi tout est aussi magnifique ici ?

-         Franchement, vous ne le savez pas ? s'étonna Lucen avec des yeux ronds.

-         Pour la plupart, nous sommes tous des élèves de familles très aisées. La ville de Highbourg est parfaite pour ceux qui peuvent se permettre de vivre une vie seine et digne. Mais cela reste en quelque sorte secret... »

Kyru et Sophie se regardèrent, complices. Ils n'étaient pas présents dans cette résidence pour les mêmes raisons, et ne pouvaient absolument pas révéler ce qui y avait amené. « Moi je suis ici, car je ne peux sortir de cette ville sans garde du corps, dit sombrement Youryne en baissant la tête.

-         Pourquoi donc ? demanda Sophie, surprise.

-         Je vous expliquerai... Et vous, pourquoi êtes-vous là tous les deux ?

-         Pour... des raisons personnelles, répondit Kyru qui s'attendait depuis un moment à cette question. »

Les trois jeunes ne parurent pas choqués, et rien ne semblait pouvoir les atteindre. « Je comprends, répliqua Lucen. Quoi qu'il en soit, vous êtes les seuls à être arrivés aussi en avance. Je pense que nous passerons du temps ensemble !

-         Oh, je dois y aller ! marmonna Sulyvan après avoir regardé sa montre en forme de tête de mort. »

Il se leva au ralenti, et sortit de l'appartement en traînant des pieds comme si ses chaussures pesaient plusieurs kilos. « Ne faites pas attention, rassura Lucen. Vous comprenez...

-         Nous comprenons, mentit Sophie en s'interrogeant à propos de l'étrange personne qui venait de sortir. Elle glissa un regard sur Kyru, qui visiblement n'avait pas non plus compris.

-         Normalement, continua Lucen, les élèves qui sont au même niveau, ont le même âge, et sont dans la même classe !

-         Super ! s'exclama Sophie. »

Une nouvelle sonnerie retenti, bien que la porte soit ouverte. Les quatre personnes assises, remarquèrent les deux invités qui retraient sans invitation...



***


Ce n'était autre que Walter et William, qui saluèrent tout le monde en souriant. « Comment allez-vous ? » posa William après s'être posté devant Lucen et Youryne, confortablement assis dans le canapé au fond de la pièce. Walter, quant à lui, venait tout juste de frotter le mur avec son index : « C'est parfait...

-         Voulez-vous qu'on vous laisse ? proposa Lucen.

-         Nous avons à discuter de choses sérieuses, affirma alors William en direction de Kyru et Sophie. »

Les deux jeunes garçons se levèrent et quittèrent la pièce. Lucen, dans le couloir, salua les deux nouveaux avant de ne disparaître. « Il faut dire que l'état paye bien, non ? se permit Walter d'un ton neutre.

-         En effet, fit l'homme en blanc en regardant le canapé rouge. Nous changerions bien celui-là contre celui que nous avons dans notre jet... »

Kyru était impatient de savoir ce qui amenait les deux agents, et s'empressa de le leur demander la raison. Walter alla fermer la porte, pendant que son collègue se jeta sur le canapé. « Oh... Il n'y a pas de doutes maintenant ! Quelle confortable texture !

-         Il y a un problème ? avança Kyru. »

Walter, en revenant, lui répondit : « Nous avons eu le temps d'aller à une réunion de l'OAM...

-         Et qu'ont-ils dit ? »

L'agent habillé de noir s'assit à côté de son homologue blanc, et souffla. « C'est très compliqué, avoua William.

-         Les scientifiques sont très intelligents, et ils ont éclairé de nombreux mystères.

-         Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est qu'ils ont trouvé un moyen de te garder en détention, mais qu'ils ne tenteront pas de te capturer tant qu'ils n'auront pas trouvé d'où tu puises ton énergie.

-         Parfait ! se réjouit Kyru. Ils ne le sauront jamais...

-         Et c'est quoi la mauvaise nouvelle ? demanda Sophie.

-         C'est la partie technique, prévint William.

-         Il y a une certaine énergie magnétique, dans l'atmosphère, qui ne cesse de croitre lentement depuis ton arrivée. Selon les scientifiques, les créatures qui tombent du ciel sont directement en rapport avec cette force magnétique. »

Kyru comprit tout de suite ce que cela signifiait : « Des créatures vont encore tomber...

-         Des millions, commença Walter.

-         Non... Des milliards ! cria Kyru en se levant. »

Sophie, elle, était trop pensive pour bouger. « C'est ce qu'on appelle la fin du monde, non ? » se moqua William, qui respectait la philosophie de rire pour ne pas pleurer.

Il laissa tomber sa tête sur le dossier du canapé, avant que Kyru n'explique ce dont il redoutait le plus : « Il n'y a pas que les corps morts qui vont tomber... Il y aura des créatures venant directement des enfers, les seules qui ont réussi à dominer quasiment tous les êtres vivants... Ils ont réduit tous les animaux en tas de chair fumante, déchiquetés et bougeant encore, incrustés dans la terre... Ils ont enflammé toutes les forêts, et quand nous ne pouvons les repousser, ils détruisent nos villes. En proie à la folie, les centenaires se transforment en corps morts dévorant alors ceux qui ont gardé la raison... On m'a beaucoup raconté d'abominations, mais je n'ai pu les voir de mes propres yeux. Je suis parti dans un lieu éloigné, où je comptais vivre... je ne sais jusqu'à quand. Et j'ai entendu parler de...

-         De quoi ? s'interrogea Sophie.

-         Je ne m'en rappelle pas encore... »

Ils discutèrent alors de diverses choses pour se changer les idées. L'hôpital, le lycée, puis le monde, la mode, en passant par de multiples informations sur la ville d'Highbourg. Enfin, William claqua des mains une seule fois, comme pour terminer la conversation. « Ce n'est pas tout ça, mais nous devons y aller !

-         Beaucoup de travaux, de réunions et d'espionnage, ajouta Walter en se levant. 

-         Nous reviendrons, dit l'autre en faisant de même. Pour le moment, contentez-vous de vivre... »

Ils partirent tous les deux, laissant les deux jeunes s'ennuyer dans leur magnifique appartement.

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Publié dans Ecriture - art

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