Chapitre 7, Page 1

Publié le par Cidragon6

Chapitre 7


Jeudi 15 septembre 2005, 6 heures et demie du matin

 

Le calme de la chambre se trouva bouleversé à la sonnerie aiguë du réveil. Kyru était déjà réveillé. Les yeux grands ouverts, il avait contemplé l'affichage laser de l'heure qui s'inscrivait au plafond. Sophie se retourna dans son lit bien chaud, et se demandait déjà si elle devait vraiment se lever. C'était bien la rentrée scolaire, et il ne fallait pas être en retard.

Kyru n'attendait que cette sonnerie pour se lever. Ses deux pieds se posèrent au sol, et ce fut comme deux poids qui tombaient par terre. « Il faut que tu te lèves... », conseilla-t-il à la fille qui s'était mise sous sa couette. Celle-ci ne répondit pas, mais se retourna encore.

Le jeune homme se rendit dans la salle de bain, et resta de longues minutes à se contempler dans le miroir, au-dessus du lavabo. Sophie arriva, toute décoiffée, très fatiguée. La tête encore endormie, elle se cogna à son ami qui restait de marbre devant sa propre image. Kyru était dur comme un mur, ce qui réveilla la jeune fille en pyjama. « Qu'est-ce que tu fais ? »

Elle regarda dans le miroir, et se voyait à côté de Kyru, celui-ci se regardant dans les yeux. « Tu as quel âge ? » osa-t-elle lui demander. Elle voulait lui poser cette question depuis de nombreux jours, et elle s'attendait à être choquée. « Je ne compte plus... mais je dois avoir environ cent soixante-dix ans...

-         Tant que ça ? Tu ne vieillis donc pas ?

-         Les cellules de mon corps se régénèrent beaucoup plus vite et beaucoup plus efficacement. Ce n'est qu'à mille ans, que j'aurais l'apparence d'un vieillard. Et dans la mesure où je ne peux mourir, mon corps sera dans un état lamentable. Avant d'atteindre cet âge, il y aura longtemps que ma conscience aura été anéantie par une effroyable envie de mourir... »

Il se tourna vers Sophie, et essaya tant bien que mal de sourire. « Il faut te préparer, tu es toute décoiffée... »

La fille ne se fit pas attendre, et prit la place de Kyru qui négligeait son physique. De plus, ce « jeune garçon » n'avait pas besoin de changer de vêtements. Non seulement ceux-ci se lavaient automatiquement, mais ils lavaient le corps sur lequel ils étaient mis.


***



Sophie prit une douche, l'eau était bien chaude. Il y avait une grande quantité de produits différents. Dès lors son arrivée, elle avait trouvé un set de maquillage très complet. Jamais dans sa vie elle n'avait été tentée par ces produits de beauté : ses parents lui faisaient toujours l'éloge du naturel. Ce ne fut que ce 15 septembre qu'elle osa pour la première fois mettre du fond de teint, du far à paupière et tous les autres artifices.

Cinq minutes avant qu'il ne faille partir, elle sortit de la salle de bain qui était remplie de buée. « Comment tu me trouves ?

-         Tu es... changée... »

Kyru ne savait pas quoi dire, il n'avait pas l'habitude de manifester son avis sur le physique d'une personne. La dernière fois, à l'hôpital, il l'avait trouvé tout aussi magnifique que maintenant, alors qu'elle était habillée d'un pyjama. La jeune fille qui se trouvait devant lui était tout ce qu'il y avait de plus magnifique. 

Quelques jours auparavant, ils avaient reçu un colis de Walter et William. Le carton était venu d'Allemagne, et contenait de nombreux vêtements de toutes sortes. Tous étaient à leur taille, mais Kyru ne pouvait pas les mettre. Sophie, au contraire, trouva son bonheur. Si bien qu'elle passa une après-midi entière dans la salle de bain, à essayer le maximum de combinaisons. Elle considérait encore les deux agents comme des dieux ! Accompagné des vêtements, il y avait un petit mot :


Pour que vous gardiez des couleurs...

                          W

 

Sophie avait rigolé en voyant l'unique signature qui correspondait à la même personne. Cependant, elle prit à la légère cette réflexion parce qu'elle ne connaissait pas la fonction de la résidence et de l'établissement scolaire.

 

 

***

 

Une fois totalement prêts, les deux jeunes sortirent de leur chambre. Ils empruntèrent l'ascenseur en même temps qu'un élève, celui-ci du même âge que Sophie. Il ne souriait pas, et ses habits étaient sombres. Un écrit dans la cabine indiquait le poids maximal autorisé dans l'ascenseur, celui-ci étant de huit cents kilos. Kyru, heureusement, pouvait le prendre. Même si leur chambre était au premier étage, cela l'aurait embêté de simuler une claustrophobie à Lucen, Youryne ou Sulyvan. Ceux-ci, justement, les attendaient à la sortie du bâtiment. Toujours habillés de la même manière, ils patientaient calmement. « Salut vous deux ! Alors vous êtes fin prêts ! » s'exclama Lucen en sautillant.


***



Le soleil n'était pas encore apparu à l'horizon, mais le ciel s'illuminait peu à peu de bleu clair, fondant vers le bleu marine. C'était bien une aube de septembre, avec des couleurs magnifiques et légères remplissant peu à peu l'ensemble des cieux.

De nombreux élèves marchaient en direction du lycée, et on pouvait apercevoir de loin une foule attendant l'ouverture des portes. Kyru et Sophie étaient déjà venus voir à quoi ressemblait l'établissement : trois grands bâtiments alliés entre eux par des passerelles transparentes. Chacun de ces édifices comportait quatre étages. Ils ressemblaient à de grandes boites en verre reflétant l'environnement.

De l'extérieur, cette école était grandiose ! Toute l'architecture, bien que cubique, faisait se ressentir une impression d'originalité. Sans doute étaient-ce ces passerelles qui pendaient dans le vide... On aurait pu comparer tout cela à au siège d'une grande entreprise, offrant à ses employés un lieu de travail digne de leur nom.

Les portes du bâtiment principal étaient aussi en verre, mais renforcée par des parties métalliques bien voyantes.

Les cinq jeunes avaient dû mal à voir ce qu'il se passait, tellement il y avait d'élèves de tout âge qui attendaient. Ils ressemblaient à un troupeau de moutons noirs, cette idée était renforcée par l'absence de lumière.

En quelques minutes seulement, la luminosité augmenta. Le soleil était monté au-dessus des montagnes, il n'y avait désormais qu'une partie de l'ombre du bâtiment qui s'abattait sur les élèves. Un homme vint devant tous les élèves et monta sur une estrade. En hauteur, il se prépara à leur adresser un message.



***


C'était à coup sûr le directeur qui voulait se présenter, et souhaiter la bienvenue à tous les élèves. Pour que sa voix porte au maximum, il allait utiliser un micro, et des enceintes étaient placées à de multiples endroits. Après qu'il eu tapoté deux fois sur le microphone pour vérifier son fonctionnement, l'homme commença :

« Bonjour à tous. Je vous souhaite la bienvenue dans cet établissement. Je souhaite que les nouveaux élèves y trouvent leur place rapidement, et par ma haute responsabilité, je ne pourrais tolérer un quelconque déroutement. Les assistants d'éducation sont là pour vous aider au moindre problème. Travaillez comme vous l'avez toujours fait, et nos résultats ne seront que meilleurs. »

Le directeur continua son discours pendant une vingtaine de minutes : il donna des infirmations sur le personnel, sur le règlement intérieur, sur les méthodes de travail, sans oublier de présenter chacun des professeurs qui passaient tour à tour lui serrer la main.

Les assistants d'éducation ouvrirent enfin les grandes portes, laissant entrer les élèves. Ce n'était pas l'affolement de la rentrée telle que Sophie la connaissait. Les élèves étaient calmes et patients, aucun d'eux ne cherchait à bousculer celui qui était devant lui.

Le hall était impressionnant. Il donnait sur plusieurs couloirs. Au fond s'y trouvaient des affiches où il était répertorié les élèves ainsi que leur classe. Il y avait cependant un détail très intéressant. Il n'y avait aucune couleur... Tous les enfants semblaient s'être entendus afin de s'habiller sombrement, et la jeune fille crut pendant un moment qu'ils étaient en deuil.

Tout était tellement moderne ! Les cinq amis remarquèrent leur nom sur une des affiches, et partirent rejoindre les autres élèves de la classe.

Quelques minutes plus tard, ils pénétraient dans une des superbes salles de cours. Un côté de la pièce n'était qu'une grande baie vitrée qui donnait sur l'extérieur. La pièce était équipée d'un grand téléviseur numérique, et le tableau était en fait qu'une gigantesque tablette informatique. Avant que toutes les places ne soient prises, tout le groupe alla s'asseoir près de la grande fenêtre. Lucen, Youryne et Sulyvan n'étaient pas abasourdis par tant de richesse. Kyru n'en avait que faire, mais Sophie ne savait pas où regarder !

Les tables étaient grandes et lices. La moquette bleue comportait des points jaunes, ce qui augmentait encore plus la beauté de l'environnement de travail. Le professeur était un homme en costume cravate. Il s'assit à son bureau et attendit que tous les élèves se soient assis. À côté de son bureau se trouvait un grand carton blanc.



Même si le proviseur l'avait présenté, le professeur se présenta de nouveau de manière plus personnelle. N'ayant pas besoin de fournir des explications supplémentaires, il distribua les éléments que contenait le carton. Trois cahiers d'une grande marque étaient mis à la disposition de chaque élève, ainsi qu'une série de stylos-plumes. Tout le matériel possible et imaginable était fourni !

Un assistant vint frapper à la porte, puis rentra avec un chariot, celui-ci rempli de sacs en cuir noir. Une fois distribués, le professeur dévoila ce qu'il y avait à l'intérieur : « Comme promis, cette année notre budget a été augmenté, et nous fournissons un ordinateur portable à chaque élève. Cela remplacera vos livres... »

Ils passèrent l'heure à allumer ces portables à la pointe de la technologie. Sophie était déroutée, car ses parents ne s'étaient jamais intéressés par l'informatique. Elle n'y connaissait donc rien, ce dont Lucen n'arrivait pas à croire. « COMMENT ? » s'écria-t-il bruyamment. Le professeur regarda le jeune garçon d'un air étrange, puis retourna à ses explications concernant le fonctionnement des appareils.

Lucen avait eu son premier ordinateur à l'âge de quatre ans, et il en avait eu un chaque année sans même que ce soit son anniversaire. En voyant Sophie apprendre à s'en servir, il souriait malicieusement tout en utilisant le sien. L'initiation à l'informatique dura une heure entière.

L'heure suivante fut la récapitulation de leur emploi du temps et la distribution des légendaires « feuilles de connaissances ». Tous les élèves devaient marquer leur nom, leur passion, leur tempérament, et le métier qu'ils aimeraient faire.


***




L'ensemble de la journée fut agréable. À quatorze heures, les cours se terminaient déjà. Les lycéens avaient tout l'après-midi de libre, et ce, tous les jours. En ce qui concernait les collégiens, ils étaient encadrés jusqu'à dix-sept heures, et pratiquaient des activités plutôt sympathiques.

 

15 heures, dans la chambre de Kyru et Sophie.

 

La jeune fille, allongée dans son lit, essayait d'imaginer ce que serait le reste de l'année. Il lui était impossible de se reposer, tant il y avait de questions qui trottaient dans sa tête. Elle pensait d'abord à ses parents. Qu'étaient-ils devenus ? Elle n'en avait aucune nouvelle ! Ce n'était pas Kyru qui pouvait la réconforter, vu qu'il n'avait aucune notion de ce que la famille pouvait signifier pour une simple humaine.

Elle se releva et le voyait dormir... Il fallait qu'elle se change les idées.

Dans les quinze jours qu'elle avait passés dans la résidence, jamais elle n'avait eu l'occasion d'aller visiter la chambre de Lucen, Youryne ou Sulyvan. Pourtant, ils logeaient au même étage ! Toujours elle et Kyru étaient restés dans le couloir à les attendre, et à regarder l'intérieur d'un œil curieux...

Arrivée devant la chambre 188, celle de Lucen, elle frappa trois fois... Il n'était pas là. En face se trouvait la chambre de Sulyvan... Il n'était pas présent non plus. Enfin, avant de ne se résigner à partir, elle frappa à la porte de Youryne. Vingt secondes passèrent. Déçue, elle s'adossa au mur à côté de la porte et réfléchit... Ne détectant plus aucun mouvement dans le couloir, les lumières s'éteignirent. Il faisait tout noir, Sophie se sentait seule et abandonnée.

Soudain, elle sentit un courant d'air. La jeune fille ouvrit les yeux et se tourna lentement. Youryne avait ouvert la porte ! Il la fixait avec les yeux grands ouverts. « Oh, c'est toi !

-         Je peux rentrer ? »

Il approuva, et accompagna Sophie dans sa chambre en la tenant par le dos. « C'est... tout rouge ! » s'étonna la fille.

Même s'il y avait très peu de lumière, on pouvait clairement voir que tous les objets étaient teintés de la couleur du sang. Les murs aussi étaient pourpres, ainsi que la moquette et les divers tissus des canapés, du lit et des rideaux. « Le problème, c'est que nous changeons de chambre chaque année...

-         C'est toi qui as tout aménagé ?

-         Nous demandons à ce que la chambre soit préparée avant que nous ne quittions l'ancienne... »

Même s'il faisait jour, les lampes étaient allumées. Les ampoules diffusaient une lumière rouge assez faible, et c'était surtout la pénombre.

Publicité

Publié dans Ecriture - art

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article