Chapitre 8, Page 1

Publié le par Cidragon6

Chapitre 8


Plusieurs minutes passèrent avant que les lumières ne se rallument dans le couloir. Trois filles venaient de sortir de l'ascenseur. Ils virent Sophie, et coururent aussitôt pour s'accroupir après d'elle. « Qu'est-ce qu'il y a ? fit l'une d'entre elles d'une voix très douce.

-         Ce n'est rien, mentit Sophie.

-         Il ne faut pas que tu te laisses abattre, compatit l'une des filles. Tous, nous avons des problèmes, mais ils ne durent pas éternellement... Il faut que tu gardes courage. »

Une des filles lui caressa le visage d'un doigt. « Tu es toute mouillée...

-         Comment tu t'appelles ? interrogea une autre.

-         Sophie...

-         N'hésite pas à nous rendre visite... nous sommes toujours ensemble...

-         Nous serrons derrière la porte 190... »

Après que Sophie se soit levée, elles repartirent toutes les trois. Elle regarda encore les trois filles, avant de ne rentrer dans son appartement.



***


Kyru était allongé de même que Sophie l'avait quitté. À peine fût-elle rentrée dans la chambre qu'il lui demanda pourquoi elle était triste. « Cela se voit tant que ça ? fit-elle surprise.

-         Il fait trop sombre pour que je puisse le voir... mais je te sens... »

Elle lui raconta l'histoire de Youryne, mais il ne fut pas choqué pour autant. Il ne se contenta que de penser à la mort, ce qui était encore un vrai phénomène pour lui. « Ces personnes ne méritaient pas de mourir, dénonça-t-il. Elles ont atteint la paix éternelle, alors qu'elles auraient dû vivre éternellement leur la mériter...

-         Mais c'est la mort ! Comment tu peux penser à mourir ?

-         Mets-toi à ma place, à quoi penserais-tu si tu avais cent soixante-dix ans ? »

La fille ne répondit pas, et alla se coucher. Elle pleura de nouveau, sa couette au-dessus de sa tête. « Mes parents me manquent, gémit-elle.

-         Je ne sais ce que sont des parents... Même en étudiant le passé, il y a certaines notions qu'on ne peut comprendre qu'en les vivant... »



***



Le lendemain matin, 7 heures 55 du matin.

 

Kyru n'avait pas dit un seul mot depuis la veille. Sophie non plus n'avait pas envie de lui parler. Elle le trouvait trop antipathique, trop ancré sur des idées telles que la mort et la mélancolie.

Tous les cinq attendaient devant leur salle de cours, avant que le professeur n'arrive.

Youryne était de mauvaise humeur, et à chaque parole que Lucen lui adressait, il répondait simplement « oui, tu as raison ». Ce jour-là, Sulyvan était surexcité. Encore plus, il était de bonne humeur ! Il hésitait encore à s'adresser à Sophie et Kyru, et cherchait à éviter le regard de Youryne. Il blaguait avec Lucen qui était toujours rayonnant, comme à son habitude. À un moment, il lança une idiote plaisanterie : « C'est un type qui est condamné pour avoir tué son père et sa mère. Un policier lui demande ce qu'il a à dire pour sa défense. Alors, celui-ci répond : "vous n'allez pas condamner un pauvre orphelin ?" »

Ils éclatèrent de rire, mais Youryne s'énerva : « Vous ne pouvez pas un peu arrêter vous deux ? »

Alors il regarda méchamment Sulyvan dans les yeux : « Si tu ne peux pas respecter les autres quand tu es de bonne humeur, alors abstient toi au-moins de parler !

-         ...

-         Oh, calmez-vous vous deux ! exigea Lucen en s'interposant entre les deux amis. »

Sulyvan courba son dos, sa taille diminua de quelques centimètres, et ses yeux s'abaissèrent. Il glissa sa main dans une de ses poches et en sortit sa paire de lunettes teintées. Avant de ne les remettre sur son nez, il regarda Lucen comme pour lui transmettre sa douleur. C'était des yeux très sombres entourés de cernes, semblant larmoyer à cause d'une clarté à laquelle ils n'étaient pas habitués.

Après avoir remis ses lunettes, il baissa la tête, et ne dis plus un mot jusqu'à la fin de la journée.


***

 

Quelque part au-dessus du pacifique...

 

Le Phénom 300 de Walter et William volait lentement très haut dans le ciel.


Les deux agents avaient demandé au pilote de retarder au maximum leur arrivée.

 « La fin du monde, chuchota William.

-         Difficile de ne pas y penser, n'est-ce pas ? dit Walter.

-         Avoir travaillé si dur, avoir accumulé tant d'argent... et finalement, nous sommes dépassés par un destin tragique et inévitable. »

Walter se leva de son confortable siège pourpre, alla chercher une table pliante, qu'il déplia à côté de son collègue. Il y posa deux grands verres sur lesquels il y était dessiné l'étoile rouge soviétique. Enfin, Walter ramena une bouteille d'alcool.

Sur la bouteille, c'était écrit en gros "Moskovskaya". « La qualité pour les meilleurs, plaisanta Walter en versant la vodka dans les deux épais verres.

-         C'est quand même bizarre ça, non ?

-         De quoi ?

-         Jamais un seul scientifique n'a réussi à prouver l'existence de dimensions parallèles... Ils se sont quasiment toujours intéressés au monde réel. Ceux qui essaient de prouver l'irréel, abandonnent et sont mis de côté. La bombe atomique, les astéroïdes, le réchauffement climatique, la troisième guerre mondiale, la mort du soleil... Tout cela n'est finalement que du pipi de chat, comparé à ce qui va arriver. Et ce qui vient ne semble même pas réel... »

Ils burent une gorgée chacun après avoir trinqué. « À la fin du monde ! » s'exclama William pendant que Walter but de nouveau une gorgée. « Tu crois que c'est une bonne solution de les avoir cachés à Highbourg ? demanda-t-il en plongeant sa tête en arrière.

-         Hein ? Nous n'avions pas le choix...

-         Tu n'as pas peur qu'il leur arrive quelque chose ? »

L'homme en blanc réfléchit plusieurs secondes. « Que peut-il leur arriver de pire... que la fin du monde ?

-         La fin est proche... Mais ne pouvons-nous pas leur épargner la souffrance qu'ils vont éprouver dans cet environnement ?

-         Cela se passera plus vite que prévu, ne t'inquiète pas... Nous allons tous souffrir.

-         La fin de toute chose...

Après quelques minutes de silence, Walter se mit à rire. « Si l'agent T nous voyait !

-         Il faut bien se faire plaisir de temps en temps, rigola l'autre.

-         Surtout que nous manquons de temps, alors que nous pensions en avoir plus que de raison ! »

Ils rigolèrent pendant une demi-heure, avant de tomber ivre-morts dans leur fauteuil.


Plusieurs heures plus tard...

 

Le pilote arrivait d'un pas hésitant dans la cabine principale. Les deux agents étaient en train de dormir par terre dans une position inconfortable... William ouvrit les yeux, et vit les pieds du pilote juste devant son visage. Il releva la tête. « Nous sommes arrivés ?

-         En effet monsieur, affirma-t-il. »

Walter, qui avait entendu ses mots, émit un terrible bâillement pendant que William se levait péniblement. « Nous avons juste... un peu bu... » avoua William en marchant de travers en direction d'un fauteuil. Il se laissa retomber dessus, les deux bras sur les accoudoirs.

Walter toujours allongé sur le sol roula sur lui-même au lieu de marcher. Il atteint les pieds du canapé, et habilement, il réussit à s'y accrocher afin d'y remonter pour s'asseoir. Cette scène était complètement hilarante, mais ne faisait cependant pas rire le pilote : « Vous êtes encore soûl, dois-je  faire le plein et décoller de nouveau vers une destination lointaine ? »

William réfléchit, avant de dévoiler d'un air ahuri : « Pourquoi sommes-nous en Amérique déjà ? »

Le pilote était consterné ! Il prit un air abattu, avant d'aller à son tour s'asseoir sur un fauteuil. « Mais qu'est-ce que vous avez en ce moment ? demanda-t-il.

-         Nous voulons profiter de la vie, réussit à articuler Walter.

-         Il y a certaines choses qu'il ne vaut mieux pas savoir, expliqua William


***


18 heures 30, Highbourg.

 

Sophie s'était baladée dans le parc. Ce jour-là, il faisait froid. Le ciel était couvert par d'épais nuages gris, le soleil semblait absent. La jeune fille voyait pourtant les élèves, muets, assis sur les bancs. Ils ne s'amusaient pas, ne riaient pas, et leurs yeux regardaient toujours vers le bas.

Après avoir fait un tour complet dans le parc, la jeune fille s'assit sur un banc qui venait de se libérer. Alors qu'elle y était assise, elle remarqua un homme, au loin, qui observait les oiseaux avec d'énormes jumelles. Sophie plissa les yeux et aperçut les volatiles, qui étaient plutôt agités.

L'homme qui paraissait être un ornithologue était muni d'un papier sur lequel il écrivait. Sophie décida de se rapprocher de lui sans se faire remarquer. Il avait un air inquiet, et réfléchissait beaucoup. Quand il sentit la jeune fille approcher, il se retourna. « Ils ont toujours été comme ça ? demanda-t-il.

-         Les oiseaux ?

-         Oh oui, pardonnez-moi ! Je suis tellement absorbé par leurs étranges réactions... De nos jours, rares sont les personnes qui observent les oiseaux...

-         C'est vrai... Depuis que je suis ici, je ne les ai pas regardés...»

L'ornithologue prêta ses jumelles à Sophie. « Observez bien... n'y a-t-il pas quelque chose qui vous parait étrange ? »

Les moineaux étaient perchés sur une ligne électrique, et chacun criait vers le ciel et vers la terre en agitant les ailes. Le scientifique, tout en écrivant, expliqua à la jeune fille : « Ils tiennent fermement le câble avec leurs petites pattes... Mais battent des ailes comme pour se débattre...»

Il y en avait une centaine réunie, et devant certainement faire un bruit épouvantable. D'ici, on ne pouvait entendre qu'un petit gazouillement semblable à des milliers de plaintes. « Et qu'est-ce que ça veut dire ? l'interrogea la jeune fille.

-         Les animaux sentent les choses... Que ce soient les chats, les chevaux, les chiens, et tous les autres ! D'habitude, ces réactions sont très localisées, et prédissent une violente tempête, un ouragan ou un tsunami... Mais d'après mes collègues, leur comportement est de même dans le monde entier...»

Sophie mit cette réaction en rapport avec ce qu'elle savait à propos de Kyru, et en déduisit le mauvais présage. « C'est vraiment bizarre ! » préféra-t-elle avouer en lui rendant les jumelles.



***



Sophie lui souhaita un bon travail et une bonne enquête, puis repartit d'un pas pressé vers la résidence. Une fois arrivée dans la chambre, elle se souvint du silence de Kyru. Il était encore allongé dans son lit, les yeux regardant le plafond. Sophie s'assit, et le regarda de tout son long. « Les oiseaux sont très agités, commença-t-elle d'une voix faible.

-         C'est normal, dit-il sèchement. Je me rappelle avoir vu d'écrit que les oiseaux sont réglés comme des montres par le monde. Le moindre changement les dérègle... Ils sentent la fin arriver...»

Sur ces mots, il ferma les yeux. Ce n'est qu'après plusieurs minutes qu'il reparla : « Mais est-ce que cette fin du monde me tuera aussi ? Je l'ignore... car cela me paraît insensé ! »

Sophie alla dans le salon et alluma la télévision. Il n'y avait rien d'intéressant. Après une demi-heure, elle alla diner à la cafétéria. Il lui fallut beaucoup de temps pour avaler la moitié de ce qu'il y avait dans son plateau. Il commença à faire vraiment très sombre, il était temps pour elle de rentrer.


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Publié dans Ecriture - art

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